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Radars privés : les chauffeurs dénoncent une course au chiffre

Un ancien conducteur de véhicule-radar privé révèle un système où le rendement prime sur la sécurité routière. Entre quotas kilométriques et tensions

Publié le · D'après: caradisiac

Véhicule-radar banalisé en circulation sur une route.

Une mission détournée par des objectifs de rendement

Sous le couvert de l'anonymat, un ancien chauffeur de voiture-radar privée témoigne d'un système où la logique commerciale domine. Embauché par l'un des opérateurs privés auquel l'État a confié la gestion des véhicules-radars banalisés, cet employé dresse un portrait sans détour : une « course au chiffre et au kilométrage » plutôt qu'une mission de sécurité routière.

Dès l'intégration, les priorités sont claires. Selon son témoignage recueilli par la Ligue de Défense des Conducteurs, aucune formation n'aborde véritablement la sécurité routière ou l'essence de la mission publique. Le travail se résume à flasher le maximum de conducteurs en excès de vitesse.

La dictature du "400 kilomètres par jour"

Le quotidien est rythmé par une pression implacable :

  • Objectif kilométrique : 400 kilomètres par jour minimum
  • Nombre de trajets : entre 4 et 8 parcours à boucler
  • Sanction collective : si 90 % de l'objectif n'est pas atteint, chaque chauffeur perd une prime de 300 euros bruts mensuels
  • Horaires : passages brutaux entre services du matin et de nuit, sans compensation

Les imprévus (accidents, déviations) ne comptent pas. Les chauffeurs doivent alors multiplier les allers-retours sur le même tronçon pour compenser, seules les tournées comptant dans le quota.

Des conditions de travail tendues

Cet ancien conducteur dépeint un métier « sans sens » sous forte tension sociale. Les véhicules banalisés alimentent l'hostilité des automobilistes, générant des menaces et une stigmatisation : son véhicule a été photographié et diffusé sur Facebook.

Sur le terrain, les conditions s'avèrent éprouvantes :

  • Jusqu'à 10 heures de conduite par jour
  • Pauses théoriques de 10 minutes toutes les deux heures, jugées insuffisantes
  • Obligation de ne jamais quitter le véhicule des yeux

« De toute façon, dès qu'on pose des questions, ils nous mettent la pression. Je ne sais même pas si je suis enregistrée quand je conduis », confie l'ancien chauffeur.

Un système lucratif pour l'État

Les chiffres révèlent l'ampleur de l'enjeu. Selon la Ligue de Défense des Conducteurs, chaque véhicule-radar (60 actuellement en circulation) génère environ 697 000 euros par an pour l'État. Une industrialisation du contrôle routier où le rendement prime clairement sur la prévention.

Source : caradisiac